Parc, Tribune K Bleu bas – Jérôme Reijasse

9.00 

Format 12 x 18 cm / 192 pages N&B / Couverture Souple [2009]
 

C’est l’histoire d’un supporter du PSG, Jérôme Reijasse. Un supporter qui, match après match, note ses doutes, ses craintes, ses rancœurs, ses espoirs également. Un supporter qui, au milieu de la tourmente, tente de décrypter sa passion pour un Club qui à la fois gangrène et exalte sa propre vie. C’est l’histoire d’un supporter anonyme, comme des millions d’autres supporters, qui écrit pour ne pas devenir fou. Ni hooligan, ni ultra, simplement déchiré par une foi et une fidélité sans borne. C’est l’histoire d’un supporter qui voulait raconter sa vérité, loin des fantasmes populaires et des détournements médiatiques.
 

extrait
 

Mars 2007
 

Supporter du PSG… Les rires, déjà, lèchent mes entrailles. Les rires des autres. Ceux convertis en 1998, ceux complexés par leur province, ceux qui voudraient raser et pourquoi pas fusiller tout Boulogne, ceux qui écrivent Football avec un petit f cynique et dédaigneux. Tribune K Bleu Bas, rang 1. Géographiquement à la droite de Boulogne, juste histoire d’écœurer un peu plus les curieux. Dix années d’abonnement. Même place, les genoux comprimés par ce balcon de béton, glacial été comme hiver, mon nom sur le siège, mon meilleur pote à ma gauche. Les cris, les insultes, les joies, les explosions, la mauvaise foi, les larmes parfois, bien rentrées, la mauvaise foi encore, la haine des arbitres, les plaisanteries qui soignent, la vie. 1980 : un ange se pose au Parc. Rocheteau choisit le PSG et je le suis. Aveuglément. À l’école, déjà, les paysans sans style ironisent. À l’heure des échanges de vignettes Panini, les doubles des joueurs parisiens atterrissent systématiquement sur mon pupitre, “Tiens, le faux Parigot, colle toi au cul tes pauvres joueurs. Hé, j’ai celle de la salope de Rocheteau, tu la mettras sur tes chiottes.” Les enfants sont formidables.

J’achète Onze et, interdit de télévision, j’écoute la radio, tout le temps. Je vibre dans le noir, partage les victoires avec Dieu, vu que mon entourage, lui, semble avoir choisi les Canaris, les Verts ou les Girondins. Tsoin, tsoin. Marseille n’intéresse alors personne. Douce époque. Luis, Safet, la liste est longue. Elle n’appartient qu’à moi. Je ne suis pas un historien, juste un barbare qui sait pleurer. Les matches se confondent tous. Très vite, je comprends que supporter le PSG, c’est d’abord accepter une évidence : l’obsession de la victoire est un passetemps réservé à ceux qui confondent réussite et appartenance. Et puis, si Paris gagne, c’est parce que la Capitale bénéficie de soutiens souterrains, ou qu’elle a affronté un adversaire déjà soumis. Et si Paris perd, c’est l’expression de la justice totale. Moi, derrière les moqueries, je sais. PSG ne sera jamais une machine à gagner, malgré les titres, malgré les grands joueurs qui ont honoré le maillot. PSG, c’est le refuge de ceux qui ne veulent pas se contenter de respirer. Une tragédie pathétique. Seul(s) contre tous. Un miracle.
 

Le Parc des Princes. Un vaisseau spatial échoué sur Terre. À jamais. Acoustique de l’apocalypse, chants qui prennent à la gorge, le stade de la fidélité toujours au rendez-vous. La première fois, c’est le choc. Mes jambes tremblent. Le petit garçon a grandi mais pas tant que ça. Weah marque. Un inconnu se jette sur moi, il pleure, non ? Je communie. Je comprends. Les rumeurs perçues à la radio s’incarnent. Ici, c’est Paris. Ici, c’est chez moi. Pour la vie.
 

Championnat de France, Coupe de France et de la Ligue, Coupe d’Europe, Raï, Pilorget, Pouget, Madar, Le Guen, N’Gotty, Fournier, Gaby, Valdo, Rabesandratana, Leonardo, Bats, Lama, Ginola, tout se mélange, encore une fois. Quand le PSG domine, années 90, c’est évidemment le bonheur, quand le PSG est bafoué par Biétry et tous les autres, c’est la guerre. Mais c’est exactement la même. Appartenance.

Celui qui croit à la victoire éternelle est un crétin. Ou un Lyonnais. Presque pareil. Quand les trompettes du succès auront cessé leur douce et martiale mélodie, les stades se videront. Tous. Sauf le Parc. Bien sûr, ici comme ailleurs, les mécréants s’abonnent. Mais ils ne font que passer. Le Stade Français leur tend les bras, qu’ils n’hésitent pas. Un nouveau déguisement, rose, pourquoi pas ? Je n’ai jamais su composer, jamais su faire la part des choses. J’aime le stress d’avant match, j’aime la tristesse et la solitude d’après match. Tout le monde aime la victoire. Mais c’est bien sûr dans la défaite que les vrais supporters se reconnaissent. J’aime surtout l’idée que, parce que je suis un supporter du PSG, je vais irriter, agacer, dégoûter, voire faire peur. J’aime ça. Nobody likes us and we don’t care. La devise de l’équipe anglaise de Millwall. Je la revendiquerai jusqu’à ma mort. Aujourd’hui, le PSG sombre. Depuis 1998, il a entamé son lent processus d’auto destruction. Gestion catastrophique, conflits de couloirs, viol du maillot… Mais quel genre de mari quitterait sa femme parce que le médecin vient de confirmer que c’était bien un cancer qui la rongeait ? Une enflure, rien d’autre.

 

La ligue 2 est en vue. Ça me réveille la nuit. Je fixe le classement et mes yeux ne peuvent plus s’en détacher. Je calcule, prévois dans le vide. Je hais Paris parce qu’il me déçoit, parce qu’il me rend fou, parce qu’il gangrène ma vie sociale. Et donc je l’aime. Pour plaisanter, je me dis que le prix de l’abonnement l’année prochaine sera dérisoire, blablabla. J’ai peur. C’est certainement ridicule, “le football, c’est juste un ballon qui entre (ou pas) dans une cage”. Mille fois cette phrase m’a été jetée à la face. Circonstance aggravante : je n’étais pas seulement un supporter. J’avais choisi le PSG. Club de nazis, club de riches, club corrompu, club Canal.
 

Mon club. La tête de Kombouaré. Le coup franc en Belgique. Le 3-0 à Marseille, Ronnie qui humilie avec grâce. Galatasaray. La Juventus qui mérite ses applaudissements. 1982, la Coupe, ma chambre d’enfant excroissance impossible du PSG. La Corogne intraitable. Les poings serrés. Souvent. Encore. Champion de France. Le pointu de Leroy contre le Bayern. Bordeaux qui fête son titre au Parc. Les Champs-Élysées en avril. Raï qui pleure.

Alors, la Ligue 2, je prends aussi. Pas grave. Terrible. Mais pas grave. Être supporter du PSG, ça ne sert à rien. Ça ne vaut pas une femme, des enfants, une existence. Je ris maintenant. L’orgasme est une foutaise comparée à l’instant où ce ballon minable franchit la ligne. Et où le Parc défie la gravité. Une foutaise ! Quand votre meilleur pote (toujours le même) vous massacre l’épaule parce que là, tout de suite, plus rien ne compte, plus rien ne compte. Tout est là. 25 ans d’appartenance.
 

Il y a quelques années, en soirée :
 

– Si tu devais choisir entre moi et le PSG vainqueur de la Ligue des Champions, mon amour ?
– Chérie, serait-ce du pur masochisme, ainsi, en public, ou bien…

Elle est depuis sortie de ma vie. J’ai même aujourd’hui du mal à me souvenir de la couleur de ses yeux. Diané, Cissé, tous les boiteux du PSG, eux, sont là. Aujourd’hui. Demain.
 

Dieu n’est pas mort. Paris non plus.

PARC, c’est tout ça. Et bien plus encore. Quand le football flirte avec le sacré. Avec le ridicule et la malédiction aussi. Un témoignage sans maquillage, sans raccourci. Une première en France.
 

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Additional Information
Poids 0.204 kg
Dimensions 18 x 12 x 1.5 cm